La région d’Amhara, une étendue historiquement importante et culturellement riche, est maintenant en conflit avec l’administration du Premier ministre Abiy. Les échos obsédants du conflit du Tigré, où la perte dévastatrice d’un million de vies a marqué la nation, résonnent encore. Alors que les tensions montent maintenant à Amhara, on ne peut s’empêcher de se demander : quelle est la prochaine étape pour l’Éthiopie ?
La chronique de l’Éthiopie est une tapisserie complexe de hauts et de bas, mais la nation a souvent été célébrée comme un berceau d’unité et de résilience en Afrique. Cependant, les conflits et les affrontements en plein essor dans diverses régions brossent un récit contrasté, révélant des défis profondément enracinés exigeant une attention urgente.
L’unité séculaire, mêlant harmonieusement diverses cultures, traditions et ethnies, semble s’effriter sur les bords. L’agitation en cours dans la région d’Amhara est un sombre témoignage des griefs historiques profondément enracinés qui se font jour. Mais, comme l’histoire l’a souvent montré, ces tensions ne sont pas apparues dans le vide. Il représente le point culminant des tensions qui s’enveniment – des récits déchirants de morts, de déplacements et de blessures, entremêlés d’appels passionnés à la justice qui sont souvent accueillis avec indifférence. La suppression implacable des voix des citoyens attise le chaudron de l’agitation nationale, un schéma encore aggravé par des éléments de la direction dominante.
Derrière la discorde actuelle se cachent des souvenirs obsédants du Tigré – des histoires de mort, de déplacement et de chagrin profond, associées à de fervents appels à la justice qui, trop souvent, n’ont pas été entendus. La nation, qui soigne toujours ses blessures du Tigré, est maintenant confrontée à une autre calamité potentielle.
Des personnalités éminentes, comme Daniel Kibret, au sein de l’administration du Premier ministre Abiy, ont souvent exercé leur influence, écartant l’opposition ou les citoyens inquiets, ajoutant de l’huile au feu croissant du ressentiment. Cette tactique de suppression et de délégitimation de la dissidence n’est pas nouvelle mais a pris une récurrence inquiétante. Une nation ne peut pas se permettre d’ignorer la voix de son peuple, surtout en période de conflit. Tout au long de l’histoire, certaines personnalités se sont tournées vers des régimes puissants, profitant de leur proximité pour exercer une influence indue. Leur stratégie – rejeter et stigmatiser l’opposition, souvent par une étiquette incendiaire – ne sert pas à répondre aux griefs, mais à les saper. Adopter des termes péjoratifs comme « bandit » ou « Jawsa » ne diminue pas la validité des préoccupations mais cherche à les éclipser.
En outre, la propension de certains individus à s’aligner de manière transparente sur les sables mouvants de la politique de puissance est regrettable. Plutôt que d’utiliser leurs positions pour préconiser une discussion ouverte, ces individus semblent s’être transformés en porte-parole du régime, faisant écho à des récits sanctionnés.
Établissant des parallèles à l’échelle mondiale, les dirigeants utilisent fréquemment leurs alliés pour se protéger, pour ensuite les abandonner par opportunisme politique. Mais l’histoire reste un enseignant patient, nous rappelant constamment que le pouvoir enraciné dans l’oppression est éphémère. Les dirigeants passés et présents doivent intérioriser cela s’ils espèrent éviter de répéter les tragédies d’antan.
L’aspect malheureux est que les systèmes oppressifs d’hier sont souvent remplacés par de nouvelles forces qui, tout en revendiquant une nouvelle perspective, ne font que reproduire les anciens modèles de pouvoir et d’injustice. Lorsque les questions du peuple sont à plusieurs reprises ignorées ou réduites au silence, le gouvernement devient un chaudron de mécontentement.
Il est alarmant d’assister au traitement des demandes des populations comme des menaces, conduisant souvent à des déclarations de guerres ou à des escarmouches. La tâche de gérer et de résoudre pacifiquement les conflits dans la région d’Amhara est une responsabilité qui repose lourdement sur les épaules du gouvernement. Cependant, traiter ces problèmes avec répression, violence ou négligence ne fera qu’exacerber la situation.
L’histoire a prouvé à maintes reprises que le pouvoir obtenu par l’oppression est éphémère. Les puissants d’aujourd’hui peuvent facilement être les vaincus de demain. Les gouvernements, passés et présents, feraient bien de tenir compte de cette leçon. L’incapacité répétée à apprendre des erreurs passées conduit à une répétition inévitable des tragédies.
L’approche du gouvernement du Premier ministre Abiy pour relever les défis a souvent été réactive plutôt que proactive. Il existe une tendance perceptible à agir à la dernière minute, en recourant souvent à des sentiments nationalistes, plutôt que de s’attaquer aux causes profondes. Si invoquer le nationalisme peut rallier les masses, l’utiliser comme outil politique de division est un jeu dangereux.
La diversité ethnoculturelle de l’Éthiopie, à la fois sa formidable force et sa vulnérabilité potentielle, doit être gérée judicieusement. Élever un récit ethnique tout en négligeant les autres, en particulier dans le délicat écosystème de la gouvernance, comporte de nombreux risques. Alors que l’Éthiopie se trouve au bord de ce précipice, embrasser l’unité, la compréhension et le dialogue est plus crucial que jamais.
La diaspora éthiopienne joue un rôle crucial dans ce récit qui se déroule. Bien qu’ils apportent des perspectives précieuses de l’étranger, il existe un risque d’escalade des tensions par inadvertance. Plaider en faveur d’un conflit, en particulier d’un point de vue distant, peut faire plus de mal que de bien. La voix de la diaspora devrait donc pivoter vers un discours axé sur les solutions, favorisant la paix à travers des objectifs stratégiques et l’unité.
En un mot, la conjoncture actuelle de l’Éthiopie, avec la montée des tensions dans la région d’Amhara dans le contexte du passé obsédant du Tigré, est un rappel brutal de ses défis. Aborder ces complexités nécessite un leadership visionnaire, un dialogue ouvert et un engagement inébranlable envers l’unité nationale. Le chemin à parcourir peut être tumultueux, mais avec une détermination collective et en tirant les leçons du passé, l’Éthiopie peut tracer une voie pleine d’espoir vers un avenir meilleur et plus unifié.
(L’auteur de cet article peut être contacté par e-mail à Essulesanu@gmail.com)