Guinée: des expulsions forcées à Conakry Et Koloma

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Le gouvernement guinéen a rasé des milliers de maisons dans la capitale du pays, Conakry,

laissant les familles en grande difficulté pour retrouver un logement approprié, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Le gouvernement n’a pas fourni de logement de remplacement ni d’indemnisation aux personnes déplacées, en violation du droit international relatif aux droits humains.

Entre février et mai 2019, plus de 20 000 personnes ont été déplacées après que des bulldozers et d’autres engins lourds ont démoli les bâtiments et ont expulsé de force les habitants des quartiers de Kaporo-Rails, Kipé 2, Dimesse et Dar-Es-Salam. Le gouvernement de la Guinée a expliqué que les terres appartiennent à l’État et qu’elles seront utilisées pour les ministères du gouvernement, les ambassades étrangères, les entreprises et d’autres travaux publics.

« Le gouvernement guinéen n’a pas seulement démoli des maisons, il a bouleversé les vies et les moyens de subsistance de personnes », a déclaré Corinne Dufka, directrice de la division Afrique de l’Ouest à Human Rights Watch. « Le fait de ne pas fournir de logement de remplacement ou même une aide humanitaire immédiate aux personnes expulsées est une violation des droits humains et révèle un mépris flagrant pour la dignité humaine. »

En mars, en avril et en juin, Human Rights Watch a interrogé 40 victimes d’expulsions à Conakry, ainsi que des fonctionnaires, des avocats, des organisations non gouvernementales, des leaders religieux et des personnalités politiques. Human Rights Watch a aussi étudié les images satellite, qui ont montré qu’au moins 2 500 bâtiments ont été démolis dans les quartiers de Kaporo-Rails, Kipé 2 et Dimesse en février et en mars et que plus de 385 bâtiments ont été détruits à Dar-Es-Salam en mai.

Le ministère de la Ville et de l’Aménagement du Territoire, qui a supervisé les expulsions, affirme que les zones d’expulsion correspondaient à des terres de l’État. Cependant, bon nombre de personnes dont les maisons ont été démolies ont indiqué qu’elles avaient des documents attestant que leurs familles avaient des droits de propriété depuis plusieurs décennies sur les terres. « C’est désastreux de perdre tout ce que vous avez en 30 minutes », a raconté Makia Touré, mère de six enfants, précisant que sa famille vivait à Kipé 2 depuis 1985.

Le droit international prévoit aussi des protections contre les expulsions forcées de tout occupant de terres, qu’il les occupe légalement ou d’une autre manière. Les gouvernements devraient fournir aux victimes un préavis adéquat, leur donner une indemnisation et s’assurer que les personnes expulsées ont accès à un logement de remplacement.

Aucun des habitants expulsés interrogés par Human Rights Watch n’a reçu d’aide du gouvernement pour trouver un autre logement, ce qui signifie que bon nombre d’entre eux étaient provisoirement ou, dans certains cas, de façon permanente sans domicile une fois que les expulsions ont commencé. Le ministère de la Ville et de l’Aménagement du Territoire a indiqué que les habitants avaient d’autres propriétés où ils pouvaient vivre ou bien étaient en mesure d’emménager dans leur famille élargie.

Toutefois, Human Rights Watch a interrogé plusieurs personnes qui, quelques semaines après les expulsions, vivaient dans des abris en bois précaires ou squattaient dans les écoles ou les mosquées toujours debout. « Nous n’avons nulle part où aller, donc nous dormons près de notre maison en ruine », a décrit un habitant de Dar-Es-Salam, qui dormait avec plus d’une dizaine de personnes dans une structure en bois protégée de la pluie par des bâches.

D’autres habitants qui ont trouvé un logement de remplacement ont dû répartir les membres de leur famille entre différentes maisons ou ont dû quitter Conakry au final. « Ma famille a déménagé dans l’intérieur du pays », a raconté un habitant de Kipé 2. « Je suis resté près de ma maison, mais je vais chez les voisins pour me laver et pour manger. » Certaines personnes ont trouvé de nouveaux logements situés loin de leur lieu de travail et de l’école de leurs enfants. « Les enfants ne viennent plus en classe parce qu’ils ont quitté la zone », a expliqué un enseignant d’une école intermédiaire à Kipé 2 à Human Rights Watch.

Le gouvernement guinéen devrait s’assurer que les habitants qui ont été expulsés de force ont accès à un logement de remplacement de qualité comparable à celle de leurs maisons démolies. Les autorités guinéennes devraient aussi prendre des mesures immédiatement pour créer un mécanisme efficace et indépendant capable d’évaluer et de gérer rapidement les demandes d’indemnisation liées aux expulsions.

« Tout effort de réaménagement des terres devrait respecter les droits des habitants qui y résident », a conclu Corinne Dufka. « Le gouvernement devrait immédiatement cesser les expulsions jusqu’à ce qu’il trouve une manière d’indemniser les personnes affectées et de leur fournir un logement de remplacement comparable à celui qu’elles ont perdu. »

Expulsions à Koloma

La majorité des quelque 20 000 personnes expulsées venaient des quartiers de Kaporo-Rails, Kipé 2 et Dimesse, qui sont situés à 15 kilomètres du centre de Conakry, près de l’ambassade des États-Unis et du siège du service de radio et de télévision de l’État guinéen, la Radio Télévision guinéenne. Le gouvernement guinéen désigne cette zone comme « le centre directionnel de Koloma », qu’il prévoit de réaménager. Un grand panneau dans le centre de Conakry montre une vision futuriste du nouveau Koloma, que le panneau décrit comme « le visage d’une Guinée émergente ».

Avant les expulsions, la zone abritait diverses entreprises, notamment des garages automobiles, ainsi que des lieux de résidence comprenant des immeubles en béton, dont certains à plusieurs étages, à côté d’autres logements informels construits en bois, en tôle ondulée et avec d’autres matériaux. Une série de démolitions précédente, en 1998, avait détruit une partie de cette zone.

Le 2 février, le ministre de la Ville et de l’Aménagement du Territoire, Ibrahima Kourouma, a annoncé que « les occupants illégaux » de Koloma avaient 72 heures pour quitter la zone. Les habitants ont raconté que, le 19 février, des fonctionnaires et des gendarmes ont inscrit des croix rouges sur les bâtiments, pour signaler ceux qui étaient destinés à être démolis. Les premières démolitions ont commencé quelques jours plus tard.

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