Discours prononcé par le chef Obafemi Awolowo, vice-président du Conseil exécutif fédéral et commissaire fédéral aux finances lors du cours de formation de l’Association des banques centrales africaines à Lagos le 5 octobre 1970.
SUITE DE LA SEMAINE DERNIÈRE
Au nom de moi-même, du gouvernement et de l’ensemble du peuple de la République fédérale du Nigéria, j’ai le grand plaisir de vous accueillir à ce cours.
Lorsqu’en décembre dernier, l’Association des banques centrales africaines a pris la décision d’organiser cette formation à Lagos cette année, elle l’a fait avec foi. La guerre civile faisait toujours rage. Sa fin était l’objet de spéculations à la fois sobres et sauvages et, en tout cas, elle n’était pas immédiatement en vue. Même pour ceux d’entre nous qui étaient proches des conseils du général Gowon, le mieux que nous puissions espérer était que la guerre prenne fin avant le troisième anniversaire de la déclaration de sécession en mai de cette année. C’est dans ces circonstances sombres que vous avez décidé d’organiser ce cours au Nigeria, démontrant ainsi votre foi dans le Nigeria en tant qu’entreprise politique viable et dans sa capacité à surmonter et à survivre aux terribles difficultés auxquelles il était alors confronté.
Je suis convaincu que vous serez tous heureux que votre foi dans le Nigeria n’ait pas été mal placée. En effet, votre foi a été plus que justifiée, dans la mesure où ce Cours se déroule désormais sous trois circonstances propices. Premièrement, la guerre civile qui a pesé sur votre décision en décembre dernier appartient désormais au passé et la paix est pleinement rétablie dans notre pays. Deuxièmement, cette cérémonie d’ouverture a lieu, pour ainsi dire, dans le prolongement des célébrations de notre dixième anniversaire de l’indépendance, auxquelles ont assisté d’éminentes délégations venues de toute l’Afrique. Je comprends que certains d’entre vous soient arrivés à temps pour assister aux dernières étapes des Célébrations. Troisièmement, pendant que ce cours est toujours en cours, le Conseil militaire suprême du Nigéria délibérera sur notre prochain plan de développement national. En effet, il n’est pas improbable que le Plan soit lancé vers la fin de ce cours de formation. Il y a moins d’un mois, le Conseil exécutif fédéral du Nigéria a conclu sa première série d’exercices détaillés sur le plan.
L’atmosphère que vous offre le Nigéria est donc une atmosphère de paix, d’exaltation et d’optimisme bien fondé. C’est une atmosphère propice aux études et aux efforts mentaux. C’est une telle atmosphère dont tous les participants à ce cours – enseignants et personnel de la Banque centrale – ont grandement besoin, si l’on veut que leurs efforts soient fructueux et ne soient pas vains.
Pour diverses raisons, les problèmes économiques et monétaires de tout pays – qu’il soit développé ou sous-développé – sont aujourd’hui épineux et compliqués. Mais ceux de l’Afrique sont bien plus épineux et encore plus compliqués. D’une part, en termes économiques, l’Afrique a dormi trop longtemps par rapport aux autres continents ; d’autre part, lorsqu’elle s’est réveillée – ou, mieux encore, qu’elle a été brutalement réveillée – elle s’est retrouvée dans des entraves politiques et économiques des plus dégradantes.
Pendant près de cent ans, la plupart des régions d’Afrique ont été soumises à une forme ou une autre de domination coloniale. Pendant toutes ces périodes, nos affaires politiques et économiques ont été préservées et nos politiques monétaires, telles qu’elles ont été, strictement liées à celles des puissances titulaires étrangères. Nous avons été entraînés par la force dans des guerres dont nous n’étions pas responsables et nos ressources économiques et humaines ont été mobilisées pour les gagner.
L’effet de tout cela fut d’imposer et d’imprimer à nos affaires et à nos perspectives en général un modèle et une orientation étrangers. Certaines parties de l’Afrique ont adopté le modèle et l’orientation britanniques, d’autres le modèle français et d’autres encore le modèle espagnol et portugais. À l’époque du régime colonial, les affaires de nombreux pays africains étaient tellement déformées et orientées que, même dix ans après l’indépendance, certains d’entre nous restent fortement dépendants et impuissants liés aux liens des anciens maîtres coloniaux en matière économique et monétaire. En fait, il est courant aujourd’hui, en référence à l’Afrique, de parler des pays anglophiles et francophones ou des zones sterling et franc.
Cependant, même si nous chérissons les bonnes choses – la fin des guerres intertribales, l’ordre public, l’éducation, les échanges commerciaux, etc. – même si nous chérissons ces bonnes choses que le colonialisme nous a accordées, il n’en demeure pas moins que dans l’ensemble, la domination étrangère et ses conséquences ont rendu la coopération économique, sans parler de l’union et de l’intégration économiques, très difficile pour les pays africains. Nous avons encore avec nous une grande partie des préjugés, des affections partielles, des rivalités et des penchants accaparants de nos anciens maîtres ; et, inconsciemment, nous permettons à ces traits hérités de nous influencer dans nos relations les uns avec les autres. Même maintenant que les anciennes puissances impérialistes d’Europe cherchent les voies et moyens d’une intégration économique et politique entre elles, nous nous efforçons d’entrer dans cette union étrangère aux côtés de nos anciens maîtres respectifs.
Il est vrai que nous nous sommes libérés de nos entraves politiques. Il est désormais de notre devoir – et cela est urgent – de briser nos chaînes économiques et d’en éliminer toute trace de la face de l’Afrique. À cette fin, les Nations Unies nous ont donné un très bon départ avec la création en 1958 de la Commission économique pour l’Afrique. Cette Commission a, depuis sa création, travaillé sans relâche pour la coopération économique entre les pays africains. Face aux difficultés dues aux orientations antithétiques des États africains, la Commission a eu à son actif des réalisations remarquables.
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