Extrait de la conférence intitulée « Le socialisme au service du Nigeria » prononcée par le chef Obafemi Awolowo, chancelier de l’Université d’Ife, à l’Université d’Ife, Ile-Ife, le 9 avril 1970.
SUITE DE LA SEMAINE DERNIÈRE
Ce sont ces forces aveugles et impersonnelles de l’offre, de la demande et de la marge que le socialisme cherche à humaniser en les contrôlant, en les régulant et en les dirigeant à des fins sociales justes et équitables. En d’autres termes, les objectifs du socialisme sont :
1) harmoniser les activités et les intérêts des producteurs et des consommateurs, et établir entre eux une complémentarité absolue et permanente ;
2) garantir que chacun des agents de production ait des chances égales de donner le meilleur de lui-même et qu’il soit récompensé en fonction de sa contribution au produit national global ;
3) remplacer les forces aveugles de l’offre et de la demande par un arbitre conscient et scientifique qui, entre autres choses, veillera à ce que l’abondance soit privilégiée plutôt que la rareté ; et
4) répondre aux besoins des membres de la société qui, pour des raisons d’âge, d’infirmité ou de chômage, ne sont pas en mesure de participer aux actes de production et sont donc incapables de se débrouiller seuls.
À la lumière de toutes les considérations qui précèdent, nous pouvons maintenant définir le socialisme comme la science qui étudie les forces économiques en vue de les contrôler, de les réguler et de les diriger pour l’atteinte et l’amélioration continue de la prospérité économique et du bien-être social de tous les citoyens d’un État, sans exception ni discrimination.
La citation suivante d’Engels est, je pense, ici pertinente. Dit-il, dans SOCIALISME, UTOPIEN ET SCIENTIFIQUE :
« Les forces qui opèrent dans la société fonctionnent exactement comme celles qui opèrent dans la nature : aveuglément, violemment et destructrices, tant que nous ne les comprenons pas et que nous ne parvenons pas à en tenir compte. Mais une fois que nous les reconnaissons et comprenons comment elles fonctionnent, leur direction et leurs effets, leur soumission progressive à notre volonté et leur utilisation pour atteindre nos buts dépendent entièrement de nous… Tant que nous refusons obstinément de comprendre la nature et le caractère de ces forces, tant qu’elles restent à l’œuvre malgré nous, en opposition avec nous, et tant qu’elles nous dominent… »
Il n’est pas difficile de voir, à partir de notre définition et de la citation d’Engels, que deux approches pour parvenir au socialisme sont dictées :
1) l’étude des forces économiques, ou de ce que Engels appelle « les forces à l’œuvre dans la société » ; et
2) le contrôle, la régulation et la direction de ces forces ou, comme le dit Engels, « la soumission de ces forces à notre volonté et leur utilisation pour atteindre nos objectifs ».
D’après ce que nous avons dit au début de cette conférence, il est évident que le but suprême du socialisme est l’harmonie sociale via la justice sociale ou, pour reprendre une expression populaire, « l’égalité des chances pour tous ».
Il existe une idée fausse populaire selon laquelle le socialisme prône l’égalité entre tous les hommes et toutes les femmes : rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Les socialistes instruits et responsables ne souscriront jamais à de telles absurdités. La science de la génétique est aujourd’hui concluante sur le fait qu’en raison de facteurs héréditaires et environnementaux, les êtres humains diffèrent très largement quant à leurs dotations physiques et mentales naturelles. Le socialisme reconnaît donc l’inégalité des dotations naturelles, physiques et mentales, entre un homme et un autre. Mais le socialisme insiste sur le fait que l’inégalité entre les hommes et les femmes devrait être telle qu’elle est inévitablement imposée par des limitations génétiques et environnementales qui ne peuvent actuellement être surmontées. Ni plus ni moins. Par conséquent, le socialisme s’oppose fermement et implacablement aux inégalités qui résultent de l’offre d’opportunités à certains et du refus de cette opportunité à d’autres. À cet égard, il faut garder à l’esprit que l’inégalité des chances en matière d’emploi, d’éducation, de santé, de bonne alimentation, etc., conduit automatiquement à une inégalité de revenus, qui à son tour, le plus souvent, conduit à une inégalité de statut politique et social. Il sera, j’en suis sûr, intéressant d’entendre ce qu’Engels a à dire à ce propos dans ORIGINE DE LA FAMILLE :
« La classe la plus puissante et économiquement dominante… devient également la classe politiquement dominante et acquiert ainsi de nouveaux moyens de maintenir et d’exploiter la classe opprimée. »
Ainsi, sous le socialisme, chaque citoyen, quelle que soit son origine ou son lien natal, tribal, ethnique ou social, se voit garantir des chances égales de développer ses capacités physiques et mentales naturelles.
De sorte que, quelle que soit l’inégalité résiduelle, elle serait purement génétique et environnementale. Même ici, il est bien connu que grâce à une éducation appropriée et à un programme de développement sélectif mis en œuvre par le gouvernement, les handicaps de l’environnement peuvent être surmontés. En outre, grâce à l’éducation et sous la direction d’experts, les traits héréditaires négatifs et préjudiciables peuvent être éliminés.
Il me semble qu’il convient de mentionner à ce stade que la période la meilleure et la plus fructueuse pour offrir aux citoyens l’égalité des chances est celle de leurs années de formation et d’éducation, de 5 à 6 ans jusqu’à 21 ans environ. C’est le moment où le gouvernement doit s’efforcer avec persévérance et conscience de développer les talents physiques et mentaux naturels de chaque citoyen. Si cela est fait, les cas où les enfants, dotés de moins de dotations naturelles mais ayant un accès facile à l’éducation, à une bonne santé et à un emploi rémunérateur, réussissent mieux économiquement et donc aussi politiquement et socialement que d’autres avec des dotations naturelles bien plus grandes mais qui, pour des raisons natales ou autres, n’ont aucun accès ou ont un accès très restreint à l’éducation, à une bonne santé et à un emploi rémunérateur disparaîtraient complètement.
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