Festival Edi : Comment Ile-Ife entretient l’esprit de Moremi – Nigéria


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Par : Owojori Dorcas Elufunke

DANS l’ancienne ville d’Ile-Ife, considérée par les Yoruba comme le berceau de leur civilisation, l’histoire, la spiritualité et la mémoire communautaire convergent chaque année dans la célébration du festival Edi, une célébration rituelle dédiée à l’héroïne légendaire Moremi Ajasoro.

Bien plus qu’un spectacle culturel, le festival est un profond exercice spirituel à travers lequel les habitants d’Ile-Ife réaffirment leur lien avec leurs ancêtres, recherchent les bénédictions divines et commémorent le courage d’une femme dont le sacrifice a permis de sauver la communauté d’un ennemi dévastateur.

Les gardiens traditionnels d’Ile-Ife croient que l’esprit de Moremi reste actif dans le royaume invisible. Par conséquent, le Festival Edi sert de pont reliant trois dimensions de l’existence : le monde des vivants, le monde des ancêtres disparus et le monde des enfants à naître. À travers des prières, des rituels et des performances symboliques, la communauté cherche à maintenir l’harmonie entre ces royaumes.

L’importance du festival réside en grande partie dans son contenu rituel plutôt que dans son divertissement. C’est une période au cours de laquelle les gens expriment leur gratitude pour la protection reçue au cours de l’année précédente et demandent des bénédictions continues, notamment une bonne santé, la prospérité, des récoltes abondantes, la fertilité et la longévité. Tout au long des célébrations, les chefs traditionnels et les gardiens des sanctuaires sacrés interprètent des messages spirituels censés émaner de Moremi et du monde ancestral.

La célébration commence par Ferekete, une veillée qui marque le début officiel du festival. Au cours de cette étape, le chef Obalayan se rend au palais des Ooni d’Ife, déclenchant une séquence d’événements sacrés qui ont été préservés à travers les générations.

L’étape suivante, Ofanran, également connue sous le nom d’Idana-Olori, est consacrée à la prière. Ce jour-là, les chefs Igare, représentant les Igbo dans le récit historique du festival, dansent cérémonieusement au rythme de l’abebe, un éventail traditionnel confectionné en peau d’éléphant, alors qu’ils se dirigent vers le palais des Ooni.

Un moment fort se produit lorsque l’Ooni apparaît dans une tenue de cérémonie simple et mène une procession portant un morceau de bois de chauffage fumant. Avec les chefs rassemblés, il invoque la protection de la communauté à travers des chants visant symboliquement à détruire la mort, la maladie et les mauvaises influences.

Le festival se poursuit avec Omolarere, une célébration plus calme menée principalement par les Ilari-Emese, les jeunes messagers du palais. Bien que moins élaborée que les autres étapes, elle constitue un lien préparatoire important au sein de la séquence rituelle plus large.

L’un des moments les plus dramatiques survient pendant Inasan, également connu sous le nom d’Ina-Osan. Cette cérémonie recrée la défaite légendaire des envahisseurs guerriers Igbo dont souffrit autrefois la population d’Ife. Les guerriers du palais connus sous le nom d’Ogungbes émergent portant des torches flamboyantes fabriquées à partir de matériaux de palme hautement combustibles. La procession enflammée symbolise la stratégie par laquelle les ennemis ont finalement été vaincus et chassés.

Le rituel est accompagné de tabous stricts. Les descendants des envahisseurs légendaires, représentés par les Oluyare, n’ont pas le droit d’assister aux torches. Ce n’est qu’une fois les flammes éteintes qu’ils peuvent émerger pour accomplir leurs propres obligations cérémonielles devant l’Ooni et ses chefs.

Les Oluyare se distinguent par des costumes élaborés en raphia tricoté connus sous le nom d’iko, que la tradition associe à l’apparence effrayante des guerriers décrits dans la légende de Moremi. Tout en portant le costume, les participants restent silencieux, communiquant uniquement par des gestes, préservant ainsi le caractère sacré du rituel.

Le festival atteint son apogée avec Igbarubi-Edi, le jour de célébration final et le plus important. Cette phase finale présente les rites les plus importants et se concentre sur le chef Tele, le gardien chargé de porter le fardeau spirituel associé à la purification collective de la communauté.

Pour les habitants d’Ile-Ife, le Festival Edi reste un témoignage vivant de l’héritage durable de Moremi Ajasoro. Grâce à son riche symbolisme, ses performances sacrées et sa participation communautaire, le festival continue de préserver l’histoire yoruba tout en renforçant les valeurs spirituelles qui ont façonné l’ancien royaume pendant des siècles.

À une époque de modernisation rapide, Edi rappelle que le patrimoine culturel n’est pas simplement mémorisé à travers des histoires mais soutenu par des rituels, des cérémonies et l’engagement collectif d’un peuple déterminé à garder son histoire vivante.

•Owojori est directeur adjoint de l’éducation des musées 1, Département de l’éducation, Musée national, Ile Ife.


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