Les faits d’abord : questions difficiles sur le Rapport sur les droits de l’homme 2025 – Tanzanie

DAR ES SALAM : LE Rapport sur les droits humains en Tanzanie 2025 publié par le Centre juridique et des droits de l’homme (LHRC) est entré dans le domaine public à un moment où le pays réfléchit encore aux événements entourant les élections d’octobre 2025. C’est un rapport qui soulève de sérieuses inquiétudes et aborde des questions qu’aucune société ne devrait ignorer.

Les allégations de pertes de vies humaines, les restrictions des libertés et les questions liées à la responsabilité doivent toujours être traitées avec le plus grand sérieux. Cependant, la crédibilité d’un tel rapport ne dépend en fin de compte pas du poids de son langage, mais de la solidité de ses preuves.

C’est là que des inquiétudes légitimes commencent à émerger. L’une des caractéristiques les plus frappantes du rapport est la présentation du nombre de victimes liées aux troubles du 29 octobre. Les lecteurs se voient présenter de multiples estimations allant de centaines à des milliers de décès, tirées de différentes sources.

Pourtant, ces chiffres ne sont ni réconciliés ni clairement vérifiés. Ils se côtoient sans expliquer clairement lesquels sont confirmés, lesquels sont des estimations et lesquels restent des allégations. Dans un domaine aussi sensible que la perte de vies humaines, de telles incohérences ne peuvent être traitées à la légère.

Ils exigent une vérification minutieuse et un fondement méthodologique clair. Tout aussi préoccupantes sont les allégations relatives à des charniers présumés, à la dissimulation de corps et à des morgues débordées. Ce sont là les allégations les plus graves que l’on puisse faire dans un rapport sur les droits de l’homme.

Pourtant, le rapport lui-même reconnaît que certaines des preuves invoquées, telles que les vidéos circulant sur les réseaux sociaux, n’ont pas été vérifiées de manière indépendante et ont dans certains cas été contestées par les institutions mentionnées. Sans confirmation médico-légale, dossiers médicaux ou enquêtes sur place vérifiées de manière indépendante, de telles affirmations restent des allégations plutôt que des faits établis.

Le rapport s’appuie également largement sur le contenu numérique, notamment des vidéos et des enquêtes médiatiques, pour étayer ses conclusions. Même si ces documents peuvent être utiles pour documenter des incidents spécifiques, ils ont leurs limites.

Une vidéo peut confirmer qu’un incident s’est produit, mais elle ne peut, à elle seule, établir l’ampleur des événements à travers le pays. Passer d’incidents isolés et vérifiés à des conclusions nationales générales nécessite un niveau de preuve qui va au-delà de la vérification numérique.

La question qui se pose est de savoir si ce seuil a été atteint. Il est important de noter que le rapport lui-même indique qu’il n’a pas mené de travail sur le terrain et s’est largement appuyé sur un suivi interne et des sources secondaires.

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Il s’agit d’une limite importante, en particulier lorsqu’il s’agit d’allégations de violations généralisées et de décès à grande échelle. Cela soulève une question fondamentale : comment ces conclusions ont-elles été obtenues sans vérification directe et indépendante ? Au-delà du contenu, le calendrier de publication du rapport soulève également des questions importantes.

Il a été publié quelques jours seulement avant que la commission d’enquête présidentielle, spécialement créée pour enquêter sur les événements post-électoraux, achève ou fasse avancer ses travaux.

Ce timing est difficile à ignorer. Cela façonne inévitablement la perception du public et place un récit avant un processus officiel destiné à établir les faits. Cela nous amène à une question juste et nécessaire : pourquoi ne pas attendre ? Pourquoi ne pas intégrer les conclusions de la Commission pour renforcer la crédibilité du rapport et garantir que ses conclusions reposent sur des preuves vérifiées ? Publier un rapport aussi conséquent avant la conclusion d’une enquête officielle risque d’anticiper la responsabilité même qu’elle cherche à promouvoir.

Il ne s’agit pas pour autant d’ignorer les préoccupations soulevées. Au contraire, des questions telles que l’espace civique, les droits numériques, la violence sexiste et l’accès à la justice restent importantes et méritent une attention continue. Mais là où le rapport avance les affirmations les plus sérieuses, il doit répondre aux normes de preuve les plus élevées. La défense des droits de l’homme exerce une influence considérable.

Cela façonne les conversations nationales, éclaire les perspectives internationales et affecte la confiance du public. Cette influence s’accompagne d’une responsabilité, la responsabilité de faire une distinction claire entre ce qui est connu, ce qui est estimé et ce qui reste à prouver.

Alors que le pays attend les conclusions de la commission d’enquête présidentielle, il est essentiel de laisser un espace pour le déroulement d’un processus approfondi, transparent et fondé sur des preuves. La recherche de la vérité doit être guidée par des faits et non par des hypothèses. Dans des affaires de cette ampleur, il est plus important de bien faire les choses que de bien faire les choses en premier.

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