Awol Endris ADEM
Je suis poussé à écrire ceci après avoir été témoin des récriminations mutuelles sans fin des soi-disant élites éthiopiennes sur la politique du pays. Il est très triste de voir que presque toutes les positions prises par les élites aboutissent à un jeu à somme nulle où l’on gagne ou on perd. Il n’y a pas de juste milieu dans la politique des soi-disant intellectuels myopes qui ne veulent écouter que ce qui soutient leurs positions et proclament haut et fort que quiconque a un point de vue opposé au leur est un traître, un vendu ou un saboteur. Il n’y a rien de plus déprimant que de voir des Éthiopiens prêts à se sauter à la gorge s’ils souscrivent à un point de vue opposé au leur.
J’ai mentionné le philosophe français Voltaire dans mon titre pour une raison. Volataire (21 novembre 1694 – 30 mai 1778) était un écrivain, philosophe et historien très prolifique de la période des Lumières des XVIIe et XVIIIe siècles en Europe. Le siècle des Lumières a produit de nombreux écrivains, artistes et philosophes qui ont laissé une influence durable sur la pensée de l’époque moderne. C’est pour cette raison que la période des Lumières est également appelée le Siècle de Raison.
Voltaire est célèbre pour sa fervente défense de la liberté d’expression, de la liberté de religion et de la séparation de l’Église et de l’État. Et c’est pour cette raison qu’on se souvient désormais de lui comme du plus ardent défenseur de la liberté d’expression. Pour Voltaire, la liberté d’expression ne consiste pas seulement à tolérer un point de vue opposé au sien, mais à défendre ce droit, même au prix d’un risque personnel. Ceci est magnifiquement exprimé par Voltaire comme suit. « Je ne suis pas d’accord avec un mot de ce que vous dites. Mais je défends, jusqu’à la mort, votre droit de le dire. Est-ce que tu vois? Un individu mûr n’attaque pas ou ne condamne pas un autre uniquement parce qu’il a une opinion différente du lui. En fait, ils défendent le droit de cette personne de dire ce qu’elle ressent sans aucune limitation et ils feront tout pour défendre ce droit – même jusqu’à la mort !! Pouvez-vous imaginer à quoi ressemblerait notre politique si nous avions tous une telle attitude envers nos concitoyens en ce qui concerne notre politique ? Pensez-y. Combien de ceux qui sont actuellement derrière les barreaux seraient restés en liberté ? Combien de ceux qui ont fui leur pays en raison de l’opposition politique seraient restés dans leur pays avec leur famille et leurs amis ? Combien de victimes de torture et de traitements inhumains auraient été sauvées de l’avilissement et de la douleur qui leur ont été infligées ? Et combien plus d’amour et de fraternité auraient existé entre nous, les Éthiopiens, même si nos opinions et opinions politiques diffèrent.
Cette intolérance aux opinions opposées ne se limite pas aux élites éthiopiennes en Éthiopie. C’est également très répandu et tout aussi acrimonieux parmi les Éthiopiens de la diaspora. Ce qui est bouleversant, c’est que les élites de la diaspora sont témoins du niveau de liberté d’expression et du langage fort que les politiciens utilisent pour défendre leur cause dans les chambres du pouvoir et dans la rue tout en restant des concitoyens pacifiques. Nos compatriotes sont insensibles à cette influence et se sautent à la gorge lorsqu’ils évoquent la politique de leur pays qui se déroule à des milliers de kilomètres de chez eux. Quelle honte!! Quelle immaturité !! Quel comportement honteux !!
Awol Endris ADEM serait joignable à awolendris@gmail.com