Mali: la liste noire des tueries s’allonge

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Deux nouveaux villages dogons ont été attaqués lundi : 38 civils ont été tués. Le président malien refuse pourtant de parler de «conflit interethnique».

Au Mali, le rythme des tueries s’accélère. Lundi, deux villages dogons du cercle de Koro, proches de la frontière avec le Burkina Faso, ont été pris pour cibles : 38 personnes ont été assassinées par des hommes armés à Gangafani et Yoro, selon un premier bilan du gouvernement. Dix jours plus tôt, 35 civils appartenant à l’ethnie dogon, dont 24 enfants, avaient été tués dans l’attaque de Sanbane Kou, une centaine de kilomètres plus à l’ouest. Là aussi, des maisons avaient été incendiées et des animaux abattus. Le massacre n’a pas été revendiqué mais le procureur du pôle antiterroriste, Boubacar Sidiki Samaké, a livré mardi des premiers éléments sur l’enquête : «Les habitants du hameau ont subi les exactions d’individus souvent connus […] parce qu’étant leurs voisins», a-t-il indiqué.

Le centre du pays n’est plus simplement confronté à une insurrection jihadiste. Il a basculé dans un conflit beaucoup plus meurtrier et dévastateur pour la société malienne. On s’entretue désormais entre villages, entre communautés, entre «voisins», comme l’a énoncé le procureur Samaké. Depuis l’implantation de la katiba Macina, groupe islamiste dirigé par le prêcheur peul Amadou Koufa, en 2015, les Peuls, dans leur ensemble, sont assimilés aux jihadistes et persécutés.

Des groupes «d’autodéfense» se constituent, s’arment et mènent des raids pour se venger. Des miliciens dogons ou bambaras, se présentant comme des chasseurs traditionnels dozos, attaquent à leur tour des localités peules. Personne ne semble plus en mesure d’arrêter le cycle des représailles. «Les attaques sont de plus en plus récurrentes, alerte Jean-Nicolas Marti, chef de la délégation malienne du Comité international de la Croix-Rouge. C’est un cercle vicieux, les mécanismes traditionnels de règlement des conflits ne fonctionnent plus. Jusque dans les refuges de déplacés, les communautés sont séparées et se méfient.»

«Déni»
L’ampleur du massacre d’Ogossagou, le 23 mars (160 morts), a été un électrochoc. Deux jours plus tard, le président Ibrahim Boubacar Keïta annonçait la dissolution de la principale milice dogon, Dan Na Ambassagou, et le limogeage de plusieurs haut gradés de l’armée malienne. Mais les chefs de Dan Na Ambassagou ont refusé de déposer les armes. Pour l’organisation, le carnage de Sanbane Kou est «une déclaration de guerre» : le groupe armé a déclaré «ouverte la lutte pour la sauvegarde de la dignité et de la liberté du pays dogon». En face, des dizaines de milices peules s’organisent symétriquement.

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