Le Parlement européen appelle à une révision des relations avec l’Egypte

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Police stand guard as people cross the street in Ramses Square in Cairo, Egypt. September 27, 2019. REUTERS/Mohamed Abd El Ghany

Le Parlement européen appelle à une révision des relations avec l’Egypte
Dans une résolution, les eurodéputés condamnent la détérioration de la situation des droits de l’homme dans le pays. La mention de la suspension des ventes d’armes au Caire a néanmoins été supprimée.

Police stand guard as people cross the street in Ramses Square in Cairo, Egypt. September 27, 2019. REUTERS/Mohamed Abd El Ghany

Le Parlement européen a épinglé l’Egypte pour la détérioration significative de la situation des droits de l’homme dans le pays, à la suite d’une nouvelle vague de répression, et a appelé à une « révision en profondeur » des relations européennes avec ce pays, dans une résolution votée jeudi 24 octobre. « Le message du Parlement est clair. Nous dénonçons le silence coupable de l’Union européenne et appelons à plus de cohérence en matière de politique étrangère. Le respect des droits de l’homme doit être au cœur de nos relations avec le gouvernement d’Al-Sissi », a commenté l’eurodéputé Vert Mounir Satouri, à l’initiative de cette résolution avec les sociaux-démocrates et les libéraux.

« Les libéraux, la droite et l’extrême droite ont aujourd’hui donné une forme de blanc-seing à la répression, en refusant toute mention des exportations d’armes par certains Etats membres, dont la France », a poursuivi M. Satouri. Le Parti populaire européen (PPE, droite), le groupe des conservateurs et réformistes européens (ECR, eurosceptique), et Renew (libéraux), qui comprend les eurodéputés français de la République en marche (LREM), ont fait retirer de la motion initiale la demande de suspendre toutes les licences d’exportation pour les armes, conformément à la position commune adoptée par le Conseil de l’Europe après le coup d’Etat de juillet 2013 menée par l’armée et son homme fort, Abdel-Fattah Al-Sissi, contre le président islamiste Mohamed Morsi.

Condamnation forte de la répression
Selon le journal officiel de l’UE, en 2017, 14 pays membres de l’UE ont exporté des armes à l’Egypte, pour plus de 34 millions d’euros. La France a signé, depuis 2015, plus de six milliards d’euros de contrats d’armements avec Le Caire. « Les Français disent qu’il faut être ferme sur les droits de l’homme mais, de leur côté, ils passent des contrats d’armement et donnent une aide budgétaire bilatérale, ce qui diminue nos leviers de pression », critique une source européenne. Contacté, le groupe Renew n’a pas donné suite.

Ainsi vidée de toute référence aux ventes d’armes, la résolution adoptée jeudi n’en demeure pas moins une condamnation forte de la répression qui a suivi les manifestations des 20 et 21 septembre contre le président Abdel-Fattah Al-Sissi, avec l’arrestation arbitraire de plus de 4 300 personnes. Les eurodéputés appellent aussi à la fin de tous les actes de violence et d’intimidation, à la libération immédiate de tous les défenseurs des droits humains détenus ou condamnés, et à la fin des représailles contre ceux qui veulent coopérer avec des organisations internationales et des institutions onusiennes.

« Besoin d’un électrochoc »
« Il y a un vrai ras-le-bol qui est exprimé sur la situation des droits de l’homme en Egypte et la politique européenne vis-à-vis de ce pays », explique une source parlementaire, qui estime qu’il « existe à l’intérieur de la Commission européenne de fortes résistances. Certains invoquent les intérêts bilatéraux – ventes d’armes, lutte contre le terrorisme et stabilité –, ainsi que la peur des migrants pour continuer le soutien à l’Egypte. » L’Union européenne doit « remettre la priorité sur les droits de l’homme », ajoute cette source. Avec la nouvelle mandature, l’arrivée prochaine d’un nouveau haut représentant, une nouvelle étape de programmation qui s’annonce dans la coopération avec l’Egypte, « une nouvelle phase peut être initiée », plaide Leslie Piquemal, de l’ONG Cairo Institute for Human Rights Studies.

Les eurodéputés exigent ainsi « une révision sérieuse des opérations d’aide budgétaire de la Commission, qui devraient être limitées au soutien de la société civile ». L’eurodéputé Mounir Satouri évoque, sur ce point, la décision attendue courant novembre sur un éventuel transfert par la Commission d’une aide budgétaire, directement au Trésor égyptien. Dans le cadre de la coopération bilatérale entre l’UE et l’Egypte, notamment de la « politique de voisinage », la Commission pourrait décider le déblocage de 160 à 180 millions d’euros d’aides budgétaires sur trois secteurs (transports, énergie, eau). « C’est problématique, car aucune garantie n’est donnée sur le fait que l’argent soit dépensé pour ces secteurs, et vu la gouvernance de l’Egypte, on se pose beaucoup de questions. On a besoin d’un électrochoc », indique une source européenne.

« Les résolutions n’engagent pas les Etats, mais elles sont lues à Bruxelles et au Caire, conclut Leslie Piquemal du CIHRS. Pour différentes composantes de l’appareil étatique égyptien, on sait qu’il y a une sensibilité à l’image internationale. Cela pourrait permettre d’appuyer les cas de certaines figures de l’opposition en détention et même d’améliorer les conditions de tous les prisonniers. »

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