Ebola : quatre questions sur la propagation du virus en Afrique centrale

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Ebola : quatre questions sur la propagation du virus en Afrique centrale

Dix mois après s’être déclarée en République démocratique du Congo, l’épidémie d’Ebola a gagné l’Ouganda. Pour le moment, elle a tué plus de 1 300 personnes.

L’épidémie d’Ebola n’est plus limitée à la République démocratique du Congo, où elle s’est déclarée il y a une dizaine de mois. Elle a franchi la frontière et a gagné l’Ouganda voisin. Vendredi 14 juin, à Genève, le directeur de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a cherché à rassurer en estimant que « l’épidémie actuelle d’Ebola ne constitue pas une (…) menace pour la santé mondiale ». Mais l’épidémie de 2014 au Liberia, en Guinée et en Sierra Leone reste dans tous les esprits. Elle avait alors fait plus de 11 300 morts.

Depuis le début de l’épidémie qui a frappé la RDC, en août 2018, « plus de 2 000 personnes ont contracté le virus Ebola et 1346 sont décédées », selon un communiqué du ministère de la Santé congolais. Des chiffres qui font de cette dixième épidémie sur le sol congolais la deuxième plus grave dans l’histoire de la maladie. En Ouganda, deux premières victimes ont été déclarées cette semaine, laissant craindre une propagation. Franceinfo fait le point.

L’épidémie a été déclarée pour la première fois le 1er août 2018 en RDC, dans la province du Nord-Kivu (nord-est) et marginalement en Ituri voisine, rappelle Jeune Afrique. L’épicentre s’est ensuite déplacé de Mangina, en zone rurale, à la ville de Beni, puis à Butembo-Katwa, dans une région où les populations se déplacent beaucoup. Le virus s’est ensuite propagé. En mars 2019, près de 900 cas ont été enregistrés dans le pays, dont 563 décès, selon les autorités congolaises.

Actuellement, 2 100 cas d’Ebola ont été enregistrés et 1 411 de ces malades sont morts. De son côté, l’Ouganda s’est placé en état d’alerte dès le début de l’épidémie en août 2018. Le pays a été préservé jusqu’à cette semaine, où deux premières victimes ont été signalées. Un garçon de 5 ans et sa grand-mère – qui avaient assisté avec d’autres membres de leur famille aux obsèques en RDC d’un proche décédé d’Ebola – sont morts dans le district de Kasese, frontalier de la RDC.

Le virus se transmet à l’être humain par contact soit avec des animaux infectés (en général en les dépeçant, en les cuisant ou en les mangeant), soit avec des liquides biologiques de personnes infectées.

Pourquoi les autorités n’arrivent-elles pas à l’endiguer ?
Le principal défi des autorités ougandaises face à l’épidémie est la porosité des 875 kilomètres de frontière commune avec la RDC. « Plusieurs personnes continuent d’entrer dans le pays sans passer par les zones où le dépistage est réalisé. Des contrôles ont été mis en place à certains points d’entrée, mais pas à tous », explique Josephine Okwera, de la Croix-Rouge.

De plus, les équipes médicales font face à des attaques armées. « Entre le 1er août 2018 et le 20 mai 2019, 132 attaques contre des formations sanitaires ont été enregistrées (…) causant quatre morts et 38 blessés parmi les agents de santé et les patients », a indiqué le ministère de la Santé congolais dans un communiqué, en mai. Des infirmiers « ont dénoncé les menaces de mort et de destruction des structures sanitaires qu’ils reçoivent », a ajouté le ministère. Ces violences sont le fait de « groupes armés qui ciblent des structures de santé avec pour objectif de tuer les malades », a précisé le maire de Butembo, dans un pays en proie à de multiples conflits.

Une partie de la population reste par ailleurs hostile à se faire soigner et les idées reçues sur la maladie ont la dent dure. « Il est clair que la réponse actuelle pour affronter Ebola ne marche pas (…) Nos équipes rencontrent toujours des gens au quotidien qui ne pensent pas qu’Ebola existe », déplore l’ONG Oxfam dans un communiqué cité par Le Point. Pour certains soignants, la réponse sanitaire est aussi inadaptée. « Trop souvent, en effet, on assiste à une gestion dans l’urgence, peu respectueuse des personnes », dénonce la géographe française Clelia Gasquet-Blanchard dans Le Monde.

Un mode de résolution des crises dû à des représentations sociales anciennes qui trouvent leurs racines dans l’Antiquité avec les fléaux, puis au Moyen Age avec la peste. Cette vision d’Ebola comme cataclysme produit une réponse hygiéniste et sécuritaire face à l’épidémie.
Clelia Gasquet-Blanchard, géographe
dans une tribune au « Monde »

L’épidémie d’Ebola n’est plus limitée à la République démocratique du Congo, où elle s’est déclarée il y a une dizaine de mois. Elle a franchi la frontière et a gagné l’Ouganda voisin. Vendredi 14 juin, à Genève, le directeur de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a cherché à rassurer en estimant que « l’épidémie actuelle d’Ebola ne constitue pas une (…) menace pour la santé mondiale ». Mais l’épidémie de 2014 au Liberia, en Guinée et en Sierra Leone reste dans tous les esprits. Elle avait alors fait plus de 11 300 morts.

Depuis le début de l’épidémie qui a frappé la RDC, en août 2018, « plus de 2 000 personnes ont contracté le virus Ebola et 1346 sont décédées », selon un communiqué du ministère de la Santé congolais. Des chiffres qui font de cette dixième épidémie sur le sol congolais la deuxième plus grave dans l’histoire de la maladie. En Ouganda, deux premières victimes ont été déclarées cette semaine, laissant craindre une propagation. Franceinfo fait le point.

1Comment l’épidémie a-t-elle débuté ?

L’épidémie a été déclarée pour la première fois le 1er août 2018 en RDC, dans la province du Nord-Kivu (nord-est) et marginalement en Ituri voisine, rappelle Jeune Afrique. L’épicentre s’est ensuite déplacé de Mangina, en zone rurale, à la ville de Beni, puis à Butembo-Katwa, dans une région où les populations se déplacent beaucoup. Le virus s’est ensuite propagé. En mars 2019, près de 900 cas ont été enregistrés dans le pays, dont 563 décès, selon les autorités congolaises citées par Jeune Afrique.

Actuellement, 2 100 cas d’Ebola ont été enregistrés et 1 411 de ces malades sont morts. De son côté, l’Ouganda s’est placé en état d’alerte dès le début de l’épidémie en août 2018. Le pays a été préservé jusqu’à cette semaine, où deux premières victimes ont été signalées. Un garçon de 5 ans et sa grand-mère – qui avaient assisté avec d’autres membres de leur famille aux obsèques en RDC d’un proche décédé d’Ebola – sont morts dans le district de Kasese, frontalier de la RDC.

Le virus se transmet à l’être humain par contact soit avec des animaux infectés (en général en les dépeçant, en les cuisant ou en les mangeant), soit avec des liquides biologiques de personnes infectées.

2Pourquoi les autorités n’arrivent-elles pas à l’endiguer ?

Le principal défi des autorités ougandaises face à l’épidémie est la porosité des 875 kilomètres de frontière commune avec la RDC. « Plusieurs personnes continuent d’entrer dans le pays sans passer par les zones où le dépistage est réalisé. Des contrôles ont été mis en place à certains points d’entrée, mais pas à tous », explique Josephine Okwera, de la Croix-Rouge.

De plus, les équipes médicales font face à des attaques armées. « Entre le 1er août 2018 et le 20 mai 2019, 132 attaques contre des formations sanitaires ont été enregistrées (…) causant quatre morts et 38 blessés parmi les agents de santé et les patients », a indiqué le ministère de la Santé congolais dans un communiqué, en mai. Des infirmiers « ont dénoncé les menaces de mort et de destruction des structures sanitaires qu’ils reçoivent », a ajouté le ministère. Ces violences sont le fait de « groupes armés qui ciblent des structures de santé avec pour objectif de tuer les malades », a précisé le maire de Butembo, dans un pays en proie à de multiples conflits.

Une partie de la population reste par ailleurs hostile à se faire soigner et les idées reçues sur la maladie ont la dent dure. « Il est clair que la réponse actuelle pour affronter Ebola ne marche pas (…) Nos équipes rencontrent toujours des gens au quotidien qui ne pensent pas qu’Ebola existe », déplore l’ONG Oxfam dans un communiqué cité par Le Point. Pour certains soignants, la réponse sanitaire est aussi inadaptée. « Trop souvent, en effet, on assiste à une gestion dans l’urgence, peu respectueuse des personnes », dénonce la géographe française Clelia Gasquet-Blanchard dans Le Monde.

Un mode de résolution des crises dû à des représentations sociales anciennes qui trouvent leurs racines dans l’Antiquité avec les fléaux, puis au Moyen Age avec la peste. Cette vision d’Ebola comme cataclysme produit une réponse hygiéniste et sécuritaire face à l’épidémie.
Clelia Gasquet-Blanchard, géographe
dans une tribune au « Monde »

Michel Sidibé, directeur exécutif de l’Onusida, y voit aussi des similitudes avec l’épidémie du sida. « Peur, discrimination, déni : dans les années 1980, ces termes qualifiaient les sentiments inspirés par l’épidémie de VIH ; aujourd’hui, ils expriment les réactions face au virus Ebola », écrivait-il dans Jeune Afrique en 2014, pointant notamment les problèmes de financement. »La santé est un investissement et non une dépense. L’Afrique représente 25 % du poids des malades, mais moins de 1% des investissements dans le domaine de la santé. »

3 Le vaccin peut-il stopper l’épidémie ?

Depuis 2017, la RDC a autorisé l’utilisation d’un vaccin pour enrayer la propagation du virus. Développé par l’Agence de santé publique du Canada et fabriqué par l’américain Merck, ce vaccin a sauvé des milliers de vies, a estimé le ministre de la Santé, Oly Ilunga Kalenga, cité par Le Figaro.

Le rVSV-ZEBOV, jugé efficace par l’OMS, a en effet montré son efficacité et sa bonne tolérance dans une quinzaine d’essais réalisés en Afrique, aux Etats-Unis et en Europe. Toutefois, « nous sommes face à une contradiction frappante : d’un côté, une réponse rapide et importante grâce à de nouveaux outils médicaux comme les vaccins et les traitements qui donnent des résultats prometteurs (…) de l’autre, des personnes infectées par Ebola (…) qui n’ont pas suffisamment confiance en la réponse pour venir se faire soigner », a déclaré la présidente de MSF, Joanne Liu, lors d’une conférence de presse à Genève.

4Pourquoi l’OMS n’a-t-elle pas déclaré l’état d’urgence sanitaire mondiale ?

Une telle urgence est décrétée – selon le règlement sanitaire de l’OMS – pour un « événement extraordinaire dont il est déterminé qu’il constitue un risque pour la santé publique dans d’autres Etats en raison du risque de propagation internationale (…) et qu’il peut requérir une action internationale coordonnée ». Pour le moment, le directeur de l’Organisation mondiale de la santé, qui s’est exprimé vendredi 14 juin à Genève (Suisse), estime que le niveau de l’épidémie ne justifie pas de décréter cette urgence sanitaire mondiale.

A deux reprises, en octobre 2018 puis en avril, l’OMS avait renoncé à déclarer cet état d’urgence sanitaire pour Ebola en RDC, notamment en raison du fait que l’épidémie demeurait cantonnée à un seul pays.

L’agence spécialisée des Nations unies a décrété une telle urgence quatre fois seulement : en 2009 pour la grippe H1N1, en 2014 pour la poliomyélite, en 2014 pour l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest et en 2016 pour le virus Zika.

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