Conflit libyen : ce que les Africains en disent

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Conflit libyen : ce que les Africains en disent
REVUE DE PRESSE. En première ligne avec un Sahel gangrené par les djihadistes, l’Afrique suit de très près l’évolution de la situation en Libye.

Italie, France, Allemagne, Russie, Turquie, mais aussi Émirats arabes unis… le sol libyen est devenu, avec les années, le centre de convergence d’une multitude de puissances internationales. Si les intérêts divergent selon les forces en présence, toutes désirent peser de leur poids dans le conflit et faire entendre leurs voix. Quitte à ce que, paradoxalement, elles deviennent inaudibles, dans ce capharnaüm qu’est devenue la diplomatie mondiale autour de la Libye. Aujourd’hui, près de neuf ans après le début du conflit, la communauté internationale est au pied du mur.

La médiation autour de Fayyez el-Sarraj et de Khalifa Haftar, les deux hommes forts du pays, n’a jusqu’ici pas donné les résultats escomptés. Devant l’atermoiement européen, deux chefs d’État ont su tirer leur épingle du jeu : Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, à l’origine du cessez-le-feu accepté finalement par les deux parties. Le président turc a également annoncé ce 16 janvier le déploiement de ses troupes en soutien au Gouvernement d’entente nationale (GNA), autorisé par le Parlement turc il y a deux semaines.

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Une Europe minée « par ses intérêts »
Des initiatives russo-turques qui ne font que souligner la perte d’influence de l’Union européenne sur la situation. Pour le journal égyptien Ahram Online, « la politique envers la Libye, pourtant parmi les priorités de l’UE, est plutôt devenue un symbole de ses divisions ». Illustration avec les choix antagonistes de la France et de l’Italie. Quand « Rome appuie le gouvernement de Sarraj basé à Tripoli », Paris « favorise Khalifa Haftar », explique l’article, qui rappelle d’ailleurs que les deux états « ont tenu des conférences de paix rivales ». Pour l’Europe, où les intérêts nationaux ont primé sur le collectif, le constat est amer.

Pour la presse africaine dans son ensemble, le Vieux Continent sort divisé de ces neuf années de conflit libyen. « Derrière chaque protagoniste se cachent des intérêts inavoués qui résistent peu à l’argument de la volonté de pillage des ressources de ce pays pétrolier, affirme le quotidien burkinabé Le Pays. En la matière, chacun semble décidé à avoir sa part du gâteau […] Il est difficile de se départir du sentiment que tout ce ramdam diplomatique n’est finalement qu’un cynique bal des hypocrites où les médiateurs cherchent prioritairement à se payer sur la bête, sans que le sort des pauvres populations libyennes ne préoccupe outre mesure », déplore-t-il.

Un sentiment partagé par Noureddine Taboubi, secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), dont les propos sont rapportés par le journal en ligne libyen Al Wasat. Pour le syndicaliste, « les renseignements étrangers mènent une guerre par procuration pour prendre le contrôle de ses richesses, en particulier du gaz et du pétrole ». Les réserves d’or noir, plus importantes en Libye que n’importe où ailleurs en Afrique « aiguise bien des appétits, confirme le média guinéen Le Djély. D’où d’ailleurs la préoccupation que la crise suscite auprès des plus grandes puissances de la planète. Au détriment de l’Afrique de laquelle relève pourtant cette si richissime Libye ».

Une mobilisation algérienne…
Voilà, pour plusieurs titres africains, un paradoxe qui laisse perplexe. Dans le ballet diplomatique qui s’agite autour de l’ancienne Jamahariyya, peu d’États africains ont su trouver leur place. Cela même alors que les conséquences du chaos libyen se répercutent sur toute la sous-région, en proie à une vague de terrorisme depuis 2012. Pour Le Djély, rien n’a changé depuis 2011 et l’intervention des troupes étrangères dans le pays. À l’époque, « bon nombre de dirigeants africains » avaient désapprouvé l’initiative. Mais « très peu avaient eu le courage de [la] dénoncer ouvertement ». Un « silence coupable des Africains » que le journal guinéen dénonce une nouvelle fois aujourd’hui, après la décision prise par la Turquie d’envoyer des troupes.

Pourtant, les pays africains, et en premier lieu ses voisins directs, seront les plus premiers touchés en cas d’escalade. Si l’absence de la Tunisie à la Conférence de Berlin, prévue le 19 janvier, « a surpris nombre d’observateurs », fait savoir Libya Herald, la position algérienne, elle, est vue d’un bon œil. « En dépit de la complexité des rapports entre les puissances internationales – qui ne manqueront pas une occasion de remaniement des cartes en Libye – la diplomatie algérienne a continué d’intensifier ses efforts pour parvenir à un règlement pacifique qui tienne compte d’abord des principaux intérêts des Libyens », salue Al Wasat.
Par peur des « répercussions d’ordre sécuritaire », « le ministre algérien des Affaires étrangères Sabri Bogadoum s’est rendu à la fois au Royaume d’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, pour affirmer son approche pacifique de la crise », rappelle le journal. Une position qui, selon le média béninois La Nouvelle Tribune, est privilégiée par le président algérien récemment élu. « Tout en insistant sur le principe de neutralité, le président récemment élu du pays, Abdelmadjid Tebboune, aurait fait de la question libyenne une priorité depuis son investiture », explique-t-on.

L’information se confirme dans un communiqué cité par un article du journal égyptien Shorouk News. « La diplomatie algérienne accorde une attention particulière à la question libyenne, car elle fait de nombreux efforts depuis plusieurs semaines pour fournir les conditions d’une relance du dialogue entre les Libyens ainsi que de l’initiative de paix des Nations unies, et ces efforts ont contribué au cessez-le-feu », est-il écrit. Déjà, en décembre, Abdelmadjid Tebboune l’avait assuré : « L’Algérie est le premier pays touché par l’instabilité en Libye et nous ne nous laisserons jamais exclure du processus de paix libyen. »
… dans le sillage de la position africaine
L’Afrique dans son ensemble semble prendre le pouls du conflit qui se joue sur ses terres. Au début du mois, le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, a d’ailleurs demandé à la communauté internationale de se joindre à l’Afrique dans la recherche d’un règlement pacifique de la crise en Libye, tout en mettant en garde sur ses « conséquences dangereuses » pour l’ensemble du continent. Un appel qu’a lancé aussi le président congolais Denis Sassou Nguesso, président du Comité de haut niveau de l’Union africaine (UA) sur la Libye.

« La Libye est un pays africain et les victimes du conflit libyen sont essentiellement en Afrique. Dès lors, toute stratégie de règlement de la crise libyenne tendant à marginaliser le continent africain pourrait se révéler complètement inefficace et contre-productive », a-t-il déclaré devant des diplomates africains et occidentaux à Brazzaville. La Conférence de Berlin, à laquelle prendront part entres autres le Congo, l’Égypte, l’Algérie et l’Union africaine, dira si leurs voix ont été entendues. Pour Aujourd’hui au Faso, rien n’est moins sûr. « Berlin sera-t-il plus opérant que Paris ou Rome ? Pas certain, tant l’écartèlement des grands de ce monde sur ce pays est trop patent », déplore le site d’informations. « La Libye post-Kadhafi demeure un vrai casse-tête pour le monde ! »

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